À voir, à lire

Eduardo Berti signe une « autobiographie oblique » dans laquelle le narrateur argentin (double de l’auteur) écrit un livre sur Joseph Conrad, tandis que son propre père se met à l’écriture peu avant sa mort. Étranger, celui-ci l’est pour plusieurs raisons : ce juif roumain a émigré à Buenos Aires avant la Seconde Guerre mondiale, falsifiant sa date de naissance, abandonnant sa langue natale, son nom et son passé, tout en ayant réussi à préserver ses secrets. Le trio du fils, du père et de Conrad s’inscrit dans une quête d’identité. En effet, la figure de l’écrivain polonais est significative ; l’ancien marin exilé en Grande-Bretagne y a trouvé une patrie et une langue d’écriture. Eduardo Berti se concentre sur la période des récits les plus autobiographiques auxquels Conrad travaille dans sa maison du Kent, tandis qu’un lecteur le persécute, persuadé d’être le double d’un de ses personnages. Installé à Paris, l’écrivain Berti se met en scène dans des péripéties souvent comiques, comme sa visite en Angleterre pour les besoins de son livre, sa rencontre avec de sélectes associations d’amis d’écrivains, son séjour en résidence d’auteur sur une péniche à Béthune, ou encore l’invitation par l’ambassade de Roumanie à recouvrer sa nationalité perdue.

 

Membre de l’Oulipo, Eduardo Berti recherche la contrainte formelle, goûte les jeux de miroir et les échos, mélange la fiction et l’autobiographie, et déploie son œuvre en cours d’élaboration. Endossant les rôles de lecteur et d’auteur, il réfléchit aux enjeux de la langue dans les notions d’exil et d’altérité, convaincu que la littérature est le creuset de ces questions intimes et universelles.

 

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