AlterNantes FM

Voyages au bout du livre sur Alternantes
Emission d'avril consacrée notamment à Assommons les poètes !  de Sophie G. Lucas

 

A partir de la 31e minute :

« - Je vais vous parler du dernier livre de Sophie G. Lucas qui est loin d’être une inconnue parce qu’elle a beau être de la région, sa notoriété commence à devenir vraiment nationale pour le coup. Sophie G. Lucas est nazairienne de naissance, nantaise de vie depuis de longues années déjà. Et elle fait paraître son troisième livre aux éditions de La Contre Allée. Je mets un bémol parce que La Contre Allée avait récupéré les droits d’un livre paru ailleurs, moujik moujik, et avait ensuite fait paraître un inédit qui s’appelle Témoin, qui est assez intéressant puisque Sophie G. Lucas partait au tribunal de Nantes où elle assistait à des procès, et puis elle mettait cela en forme avec des petits textes qui faisaient eux-mêmes échos à d’autres petits textes évoquant son histoire personnelle. C’est un livre qu’il faut aussi avoir lu. C’est une façon d’aborder la poésie qui n’est absolument pas classique. Ce n’est pas du tout celle qu’on a pu apprendre à l’école, enfoncée dans la tête à coups de marteau.  On est très loin des rimes. C’est plutôt une poésie qui fait partie de la vie. Donc Sophie G. Lucas est poète et vient de faire paraître Assommons les poètes !  C’est poétique parce que son écriture est poétique, mais en fait, ça parle vraiment de la vie qu’on prête à une poète. C’est-à-dire, aujourd’hui, comment on fait pour vivre de sa plume tout simplement. C’est des billets de son blog qu’elle a ouvert il y’a un peu plus de dix ans, une quinzaine d’année à peu près, sauf erreur. Au fur et à mesure qu’elle écrivait sur son blog, elle s’est rendu compte que le contenu devenait cohérent et que ça donnait aussi peut-être une approche (étant elle-même en confrontation avec des lycéens par exemple dans le cadre d’ateliers d’écriture), elle s’est rendu compte qu’il y avait une méconnaissance totale de ce que pouvait être la vie d’un écrivain ou d’une poète à l’heure actuelle. C’est décidé avec son éditeur, que l’on a vu à Nantes il n’y a pas très longtemps car ils sont en train de fêter leurs dix ans, elle a eu l’accord de faire paraître ce petit texte qui est tout petit, qui est tout joli, qui vaut 10 € en plus, donc c’est vraiment très accessible et que je considère être un manifeste parce que ça rassure de savoir que des gens vont faire le choix acté dans leur vie de peut-être mettre de côté un chemin classique, un CDI tout bêtement, acheter une maison, beaucoup voyager parce qu’on a les moyens de le faire, mettre tout cela entre parenthèses parce qu’il y’a l’appel de la création qui est tellement fort qu’on peut pas y résister, quitte à se priver d’argent, quitte à galérer, quitte à vivre de tout cela un petit peu. Mais dans tous les cas, dans la volonté de créer, de produire une œuvre qui est personnelle et ensuite de la communiquer avec des ateliers d’écriture, avec des lectures. La poésie de Sophie G. Lucas est très sonore aussi. La lecture est indissociable du fait d’écrire. Ensuite elle évoque aussi une résidence au Québec, il y a vraiment un côté… Je vais vous retrouver le titre des chapitres car c’est assez parlant. Le premier s’appelle « Ecrire, faire écrire »… Je vais chercher les autres.

- J'en profite pour ouvrir une parenthèse. On en parlait, les années ont passé, mais Sophie, il faudrait qu’on ait un contact direct avec elle. Mais il y a des années de cela, elle était sur notre antenne. On a gardé d’ailleurs un excellent souvenir ici parmi l’équipe, on se souvient d’elle. C’est un petit point supplémentaire pour la féliciter sur son parcours d’ailleurs. Si je me souviens bien Amandine tu as une interview d’elle sur ton blog qui est plus longue. C’est très humain et très intéressant de la lire, sur le parcours, sur son parcours personnel, sur sa manière d’écrire. C’est intéressant. 

- Ce que j’aime beaucoup chez Sophie G. Lucas, c’est que c’est une femme qui est très douce et qui en même temps fait preuve d’une volonté qui est vraiment palpable quand on la rencontre. Il y a un engagement d’écrire. Et j’ai retrouvé mes titres de chapitres. Le premier étant « Ecrire, faire écrire », le second « Lire à haute voix », le troisième « Résider », et le quatrième s’appelle « Résister ». On est vraiment dans la résistante. Comment est-ce que l’art, comment est-ce que la culture peuvent continuer à occuper une place dans notre société qui est une société de pouvoir, une société d’argent, de rendu, de comparaisons, de statuts sociaux ? Alors qu’il n’y a pas que cela, il y a aussi le fait de faire un pas de côté, de se dire que cette vie-là, elle ne m’intéresse pas. Ce que je sens être profondément, c’est que je suis une poète et que je vais y consacrer ma vie quoi qu’il m’en coûte. C’est pour cela que je dis que c’est un manifeste, qui est indispensable, qui doit être dans la poche de tous ceux qui font partie du métier, qui l’utiliseront quand ils auront des périodes de doute, ce qui est assez fréquent dans ce genre de parcours un petit peu atypique, et puis aussi pour faire découvrir à tous ceux qui n’y connaissent rien, parce que c’est vrai que souvent on récupère un livre fini. On ne se pose pas la question de savoir qu’elle est la vie quotidienne de la personne qui l’a écrit. On va peut-être la voir à la télé dans le meilleur des cas. Mais on va compléter nier le fait que ce soit un travail laborieux, un travail solitaire qui rapporte pas d’argent. Il faut peut-être le signaler aussi. C’est un texte important dans tous les cas.

- C’est intéressant d’en parler. Surtout le fait que le travail de poète n’est souvent pas mis en avant. La poésie reste quelque fois le parent pauvre. 

- C’est une méconnaissance certainement parce qu’il se passe tellement de choses en poésie contemporaine. Il y a beaucoup d’initiatives justement, beaucoup de petits maisons qui essayent de lutter, il y a le marché de la poésie à Paris qui fonctionne très bien, malgré tout il y a un public pour cela aussi, mais ça reste une section qui parait élitiste, alors que pas du tout. La poésie est vraiment partout. 

- Il y a moins le réflexe de dire : « Tiens, je vais lire de la poésie ». Alors qu’un roman…

- On a plus l’impression qu’on va être guidé par une histoire narrative

- Mais finalement, c’est dû à un manque de connaissances de ce monde-là. 

- Totalement. Quand on lit Témoin, le précédent ouvrage de Sophie G. Lucas, il y a quand même une intrigue puisque c’est des morceaux de procès à chaque fois. La plupart des gens seraient surpris de ce dire « C’est aussi ça la poésie ». 

- On voit bien au salon du livre, dans les salons régionaux, que les poètes malheureusement n’attirent pas toujours les foules, parce que les gens se demandent « Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça vaut ? ». Ils doivent se battre.

- Comme il y a une méconnaissance, on manque aussi d’une façon de pouvoir juger ou même simplement de trouver une porte d’entrée. La poésie, cela nous parait encore inné, fastidieux. 

- On a une fausse image. 

- Oui, et puis il y ce côté musique. Je suis la première à dire que je ne suis pas une lectrice de poésie parce qu’il me manque cette petite musique, je n’ai pas ce rythme-là. Je n’ai pas ce rythme de lecture qui me fait sonner les mots. Par contre dans la prose qui est aussi de la poésie ou la poésie qu’on peut aller écouter, c’est une approche qui est tout à fait différente. Il se passe vraiment des choses. 

- Merci d’avoir fait découvrir à ceux qui ne connaissaient pas Sophie G. Lucas.

- On va peut-être rappeler l’adresse de son blog, « Sophie G. Lucas Appartement 22 ». »

 

Animateurs : Daniel Raphalen, Gwen Moullec-Le Thérisien et Amandine Glévarec

 

Pour écouter l'émission, c'est par ici.