Babelio : critique

Critique de sur Babelio, à propos de L'Odeur de chlore d'Irma Pelatan, publiée le 7 mars 2019.

 

L'odeur du chlore, c'est d'abord le récit d'une piscine. La piscine André Wogenscky à Firminy, dans la métropole stéphanoise. La piscine dite le Corbu car inspirée du concept d'après-guerre de le Corbusier : le Modulor. le Modulor, c'est construire les lieux de vie selon la silhouette standard humaine, celle d'un homme d'1,83 mètres. « Un étalonnage né du corps idéal comme lieu de la proportion, le corps qui tend au nombre d'or » dit Irma Pelatan.

 

L'odeur du chlore, c'est surtout le récit d'une petite fille qui devient progressivement une femme dans ce lieu de l'homme parfait. Des années de natation dans un espace limité où le corps change mais à aucun moment ne peut atteindre cette perfection-étalon de le Corbusier. Une petite fille autrefois trop petite pour le mobilier, une femme aujourd'hui trop volumineuse pour entrer dans les standards. Pourtant, sans cesse, les longueurs de bassin se multiplient, les sauts au grand plongeoir travaillent. La piscine devient aussi le lieu où l'on repousse les limites du corps. le goût de l'effort, de la performance, du geste parfait, ce que l'auteure appelle « l'idéologie du dépassement de soi ». La piscine, c'est le corps soumis, c'est le corps dévêtu, c'est l'acceptation d'un ordre du monde, c'est rêver de l'immensité de l'océan dans un bassin restreint. C'est prendre conscience aussi d'une liberté qui existe et que l'auteure va trouver, à sa façon, dans ce contexte particulier.

 

En peu de pages, Irma Pelatan a su livrer un monde, son monde de l'enfance, son idée du corps, de la liberté. Irma fait dialoguer les normes, les siennes, celles de la piscine pour interroger notre propre rapport au monde et notre rapport à soi. Personnellement, ce livre m'a beaucoup touchée. Une bien belle réussite.

 

Retrouvez la critique ici.

Pour aller plus loin