Cahiers Critique de Poésie

Un article de Thibaut Coste daté du 27 octobre :

La poésie n’a pas peur des lieux communs ; aussi s’attache-t-elle à faire du commun, précisément, son lieu. Ici, ce sont les terrasses des cafés, les comptoirs des bars, les nuits de Port-au-Prince. Les verres se vident au fil des pages, des paroles crues sont échangées, l’alcool masquant si mal un malaise plus profond : le deuil, la violence et l’ennui. La liesse cède rapidement la place à la mélancolie ou à l’horreur (« tous / fluides / serrés comme des bruits / mes villes sinistrées / mes cadavres / et d’autres fleuves // la nuit les conte à rebours »), et si l’on célèbre l’ivresse, c’est surtout à l’oubli que l’on boit ; enfin, comme le vin, même le sexe devient une consolation. Le poème se fait alors proverbe ou brève de comptoir : « bois / baise / même si le temps est assassin ». L’ivrogne rend ce qu’il a bu et le poète ce qu’il a vu, senti, touché, jusqu’au dégoût de lui-même.

« puis vient l’oubli

le temps jeté par-dessus bord

le silence du verre

posé à même le sol »

Recherchant le choc de l’image, Makenzy Orcel veut une poésie brisée comme un éclat de rire. Mais parfois, c’est dans la sobriété que son écriture parvient à retranscrire au mieux les bribes des nuits passées en terrasse.

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