Chez Laurette

Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais, en ce qui me concerne, j'arrive doucement mais sûrement à un âge où il devient suspect de ne pas être mère ou, à tout le moins, de ne pas avoir des envies de marmots. Comme le dit si bien Amandine Dhée dans son essai La Femme brouillon, "Il y a toujours un moment où on rappelle à une femme le sens profond de son existence : procréer. Toujours un ami, une tante, un dentiste pour lui rappeler qu'elle n'a pas encore d'enfant. Et la voilà sommée de se justifier. Soupçonnée de souffrir secrètement d'une carence de maternité ou de transférer son amour maternel sur un chat.". Ajoutez à ce ressenti une bonne dose de féminisme qui me caractérise et qui agace certain·e·s (le premier ou la première qui me dit qu'aujourd'hui il n'y a plus de problème d'égalité entre les femmes et les hommes, je lui balance mon chat baigné d'amour maternel dans la tronche), et il était certain que ce livre exposé chez mon libraire allait chatouiller ma curiosité. Je l'ai donc embarqué dans ma valise cet été (le livre, pas le libraire) et je n'ai pas été déçue de ce choix.

 

Armée d'une plume efficace et sans lourdeur, Amandine Dhée décrit son expérience de la maternité confrontée à ses convictions féministes, sa tentative de réconciliation de la femme, de la mère, de la fille et de la féministe qu'elle est. Elle aborde moult sujets qui ont un jour ou l'autre remué ma cervelle, parmi lesquels :

 

le passage du ventre de la future mère de la sphère privée au domaine public : sous des atours de mignonnerie, avez-vous déjà réfléchi à la pratique consistant à s'autoriser à toucher le bedon d'une femme enceinte sans lui demander sa permission ?

le choix du nom de l'enfant (j'ai bien dit du nom, pas du prénom) : c'est un sujet sur lequel je me querelle souvent avec mes amies, dans la continuité de la problématique du choix du nom lorsque l'on se marie. Personnellement, je répugnerais à me débarrasser entièrement de mon nom de famille au profit de celui de mon mari. Non pas que je ne le respecterais pas, ce charmant époux, mais au nom de quel principe devrais-je m'effacer ? Et de même pour le nom d'un enfant. On a beau me brandir en crachant des flammes l'argument du "nous voulons que toute la famille porte le même nom", je pense qu'en réalité la pratique de la sélection unique du nom du père est un relent d'une directive muette qui a traversé les siècles selon laquelle les femmes doivent être discrètes et s'incliner devant le mâle (rien que ça. Mais cela n'engage que moi, vous êtes libre de me soutenir l'inverse dans les commentaires).

le conditionnement lié au sexe de l'enfant : "C'est la première question qu'on me pose, comme une urgence. Fille ou garçon ? Les layettes servent à l'étiquetage des enfants. Du rose ou du bleu, des voitures ou des fleurs, du vif ou du pastel. Aussi caricatural que ça. Même lorsque je cherche une affiche pour décorer sa chambre, on m'interroge sur le sexe du bébé. Filles et garçons n'ont pas le même beau."

la charge mentale, soit l'idée selon laquelle au-delà de la problématique de la répartition des charges au sein du couple,  l'anticipation et l'organisation de la vie quotidienne représentent un lourd travail mental qui incombe très souvent aux femmes : "Le travail gratuit et invisible des femmes, cette merveilleuse manne. Un sujet ringard qui n'intéresse personne, ni les hommes, ni les quelques femmes au pouvoir qui se gardent bien d'aborder des questions aussi mesquines. Pire encore, un sujet qu'on croit réglé. La société nous piège tout le temps avec les combats qu'elle s'imagine avoir gagnés."

 

Peut-être venez-vous d'avoir une réaction épidermique à mon sens vigoureux du féminisme qui a pu déteindre dans ces quatre derniers points. Rassurez-vous, Amandine Dhée est beaucoup plus subtile que je ne le suis, et c'est le véritable atout de ses écrits : savoir bousculer ses convictions féministes avec ses expériences personnelles. Faire du féminisme un bouillonnement constant, un perpétuel questionnement, qui vogue au gré de ses contradictions.


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