Club de la presse Nord Pas-de-Calais

Un article daté du 14 septembre, sur le site du Club de presse Nord Pas de Calais, signé Hervé Leroy :

Jacques Josse prend la contre allée : Dans la roue de Marco Pantani...

Vers 23 h, quand les paupières sont lourdes au creux du lit, difficile de quitter le Marco Pantani a débranché la prise de Jacques Josse aux éditions La Contre Allée. C’est le genre de bouquin qui se lit d’une traite. Pas envie d’éteindre la lumière.

Toute la nuit, la question vous taraude. Entre les bonheurs d’Antoine Blondin et les fulgurances de Philippe Le Gars, tous les deux secoués par le démon et la beauté de l’analogie, comment retisser simplement le fil d’un homme, fût-il le vainqueur du Tour de France 1998, le Tour « de l’affaire Festina », ou le maillot rose du Tour d’Italie 1999 contrôlé avec un taux d’hématocrite trop élevé ?
En quelques secondes, le 5 juin de cette année-là, Pantani passe du statut de pirate à celui de bagnard, homme banni, « dopé » et maudit. « Il ne sort pas. Ne touche plus à son vélo. Il se terre dans la villa familiale, via Fiorentina, à la sortie de Cesenatico. Tout autour, les journalistes font le guet. Des tentes ont été plantées. Ainsi que des téléobjectifs. Chez lui, il vit volets clos. Il ne communique avec personne. Ne s’éclipse que par une porte dérobée, à la nuit tombée. Comme un voleur. Et comme un paria. » Marco Pantani ne se remettra jamais totalement de cette descente aux enfers. Icare s’est brûlé les ailes.
Poète et écrivain, né des Côtes d’Armor, terres de cyclisme et de légendes, Jacques Josse va au plus près, au plus ras. En 98 tableaux, page après page, la mécanique du destin se met en branle, sans pathos ni fascination morbide, mais toujours avec cette obsession de l’humain, du goût de l’autre. Ce Pantani qui, sur les pentes, s’extirpe du troupeau, c’est une part rêvée de chacun de nous. Josse ne juge pas. Il tient le lecteur en haleine.

La mort de Pantani, seul dans une chambre d’hôtel à deux pas de Rimini et du kiosque à journaux où sa mère jour après jour pouvait lire et ses exploits et sa déchéance, ajoute à la cruauté du destin. Unité de temps. Unité de lieu. Au bout de cette route qui grimpe de lacets en lacets, une seule réalité : la solitude absolue. La fraternité d’armes avec Charly Gaul, Gino Bartali ou Felice Gimondi n’y pouvait rien changer.
Jacques Josse n’est pas du côté des Malraux du cyclisme d’avant le dopage. Pas non plus du côté de l’ineffable et des petits bonheurs professoraux. L’écriture est à bonne distance. On est aux côtés de Pantani dans la montagne, quand il chute, quand il est percuté par une jeep, quand il réussit le doublé Tour de France et Giro, quand il est cueilli par les carabinieri. Du coup, même après 23 heures, même lessivé par une journée de travail (col à franchir de tout un chacun), on n’a pas envie de fermer la lumière.
Avec l’agréable sensation de n’avoir pas relu, pour la énième fois, le même... livre.

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