Dans ta page

Si, ce soir, j’ai pas envie d’ rentrer chez moi, si, ce soir, j’ai envie d’casser du cliché
Je suis enceinte et je triple déteste qu’on me dise ce que je dois faire, les deux n’étant pas spécialement liés par un lien de cause à effet. Du coup, par contre, je suis très peu friande des lectures spéciales futures maman, que se soit sur des blogs, dans des livres ou dans le marc de café.

Heureusement, je suis tombée, assez fortuitement (1 fortuitement inspiré par Lupiot, et 1 autre fortuitement recommandé par une collègue) sur deux titres qui m’ont à la fois particulièrement parlé (puisqu’ils parlaient de moi. Limite flippant) tout en transcendant le genre « livre que tu peux lire que si t’attends un bébé, sinon casse toi ». La preuve, ils ont tout deux été lu par deux personnes qui ne sont pas (quoi qu’en fait, pour une, j’en sais rien) enceintes. Il s’agit, dans l’ordre chronologique de lecture, de Chère Ijeawele, de Chimamanda Ngozi Adichie, publié chez Gallimard et de La Femme brouillon, d’Amandine Dhée, publié aux éditions La Contre Allée. Les deux romans ont en commun de questionner notre rapport à nous même, les femmes, aux rôles qui nous sont attribués, par nous et par les autres. Je ne m’attarderai pas sur le 1er, tu as la très bonne critique de Lupiot ici si ça t’intéresse, j’en dirai un peu plus sur le second, dont on trouve peu de critiques.

Dans La Femme est brouillon, Amandine Dhée nous raconte sa grossesse, son accouchement et les premiers mois avec son bébé, en toute simplicité, avec beaucoup, beaucoup d’humour et un style incroyablement clair, littéraire et moderne.

J’ai écrit ce texte pour frayer mon propre chemin parmi les discours dominants sur la maternité. J’ai aussi voulu témoigner de mes propres contradictions, de mon ambivalence par rapport à la norme, la tentation d’y céder. Or la mère parfaite fait partie des Grands Projets Inutiles à dénoncer absolument. […] Plus que jamais, j’avais envie de tranchant, d’aigu, et surtout pas d’une langue enrobante ou maternante.
Dans ce court texte, l’auteur brosse son portrait, qui est aussi le mien et donc, je suppose, celui de beaucoup d’autres personnes, et nous parle de cette volonté d’être parfaitement parfaite tout en déclarant haut et fort que l’on ne l’est pas, sans l’admettre réellement que l’on puisse rater. Schizophrénie totale. Pour moi, c’est clair, honnête, intelligent et nuancé (et en plus, c’est drôle). (un autre petit extrait pour te prouver que c’est drôle)

Mon échelle de valeurs évolue. Si jusque là, j’ai vaillamment lutté contre toute forme d’injustice, mes ennemis sont désormais le lait cru et les crustacés. Larousse a été formel sur ce point. Moi qui dénonçais les stratégies markéting qui surfent sur nos angoisses, voilà que j’achète des gélules contribuant au développement cérébral du fœtus. On ne sait jamais.
C’est un livre à mettre entre toutes les mains, masculines et/ou féminines, un livre frais, éclairant et lumineux, qui fout un peu la frousse, des fois, mais dont les qualités littéraires et l’importance du sujet sont capitaux.

Pourtant, surtout à la lecture du Ngozi Adichie, je ne peux pas m’empêcher de me poser la question de l’opportunisme. Non pas que je doute une seule seconde de l’honnêteté des auteures ni que je les soupçonne d’être opportunistes et de vouloir se faire un max de blé sur notre bonne conscience (sinon, en plus, être auteure, c’est nul comme choix…), c’est plutôt dans le sens de ces thèmes là ne sont-ils pas « à la mode », et si oui, est-ce un mal ? Est-ce que le fait de pouvoir -enfin- parler d’un sujet en fait un sujet « à la mode » ? Est-ce que finalement, casser du cliché, c’est pas cliché ?

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