Fils de lecture

Un article de Marc Ossorguine sur son blog, daté du 11 juillet 2015.

 

“De quoi l’Europe est-elle le nom?” aurait pu être le sous-titre de ces Lions. Arno Bertina se projette dans un futur proche et vient questionner la présence des “arts premiers” dans les musée de France et d’Europe, à commencer par celui du Quai Branly. Une question qu’il fait poser par le roi de Bangoulap, le Fo’ Yankeu Jean, au administrateur dudit musée: il serait bien étrange que les ressortissant de son royaume paye l’entrée du musée pour voir des œuvres qui viennent de chez eux; donc le roi exige la gratuité du musée pour ceux-ci. Précisons que le royaume et le roi en question existent bien, en pays Bamiléké à l’ouest du Cameroun. Précisons aussi, pour ceux qui n’aurait pas suivi ces débats qu’une telle demande (A-t-elle vraiment été faite? Nous sommes là sur la limite entre fiction et réel…) s’inscrit dans les démarches et programmes de restitutions des œuvres d’art menés sous l’égide de l’Unesco (l’agence des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture). L’auteur s’amuse alors à imaginer les conséquences de cette demande, qui semble des plus légitimes, des plus logiques, même. Et voilà l’Europe,  ou plutôt la CEE, interrogée dans ces fondamentaux, ses logiques et arguties libérales qui savent si bien – dans le discours et dans les actes – transformer les rapports de domination culturels institués en libertés économiques assumées et recherchées – par ceux à qui elles profitent surtout, bien entendu.

 

On peut sourire et même rire, mais jaune, à la lecture de cette politique fiction. On peut aussi y voir, sous le masque de l’ironie, une critique sans concession du monde tel qu’il est, tel qu’il est devenu et tel que certains le voudraient, encore plus fort, encore plus radicalement inégalitaire. Cela résonne aujourd’hui bien fort dans l’actualité car, l’actualité ne fait que le rappeler, ces enjeux que l’on a pu qualifier de nord-sud, c’est au cœur même de l’Europe qu’ils existent, avec une brutalité qui ne prête guère à sourire. On se prend alors à espérer que la fiction ironique puisse de venir réalité politique et que l’insistance tranquille mais incisive de ceux qu’on oublie toujours puisse transformer les choses. Surtout celle dont on ne cesse de nous dire qu’elle ne peuvent pas être autrement car ce serait pure bêtise et inconscience, pure folie… Mais folie pour qui?…

 

Un court récit, aussi plaisant à lire que stimulant et revigorant et qui apporte sa propre couleur à cette formidable petite collection, fictions d’Europe, que la Contre allée a inaugurée avec ce titre ainsi que Berlin, Bucarest-Budapest: Budapest-Bucarest du portugais Gonçalo M. Tavares et Terre de colère du grec Christos Chryssopoulos. Nous attendons les prochains titres avec impatience et délectation!…

 

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