Glasba

Un article du 3 septembre signé Sylvain Damy :

La chronique de Pas dans le cul aujourd'hui que vous retrouverez dans les chroniques spéciales de la rentrée littéraire très bientôt :

Paru à la toute fin du mois d'Août, au milieu d'une première cohue de livres qui se pressaient sur les tables des librairies, Pas dans le cul aujourd'hui (Ed. La Contre Allée) est la détonation qui manque habituellement à cette valse des mots et le murmure de pensées frileuses qui abondent dans la grande majorité des parutions de cette saison.
Signé Jana Černá, ce texte est une lettre adressée à son amant Egon Bondy dans laquelle elle relate le fonctionnement d'une pensée philosophique, leur vie de couple, et en filigrane la naissance d'une foi religieuse qui la poursuivra jusqu'à la fin de sa vie en 1981.
Mais sans doute faut-il préciser qui est Jana Černá.
Méconnue chez nous par le grand public, elle est pourtant (avec Bondy) une figure intellectuelle de l'actuelle République Tchèque, et irradia tout l'est de l'Europe d'une pensée libre, sans tabou, affranchie des carcans du totalitarisme. Amie de Bohumil Hrabal (dont il faut lire l'immense Une trop bruyante solitude), elle partage avec lui un goût pour la poésie que tous deux considèrent comme une force d'opposition majeure aux dictâtes de toutes les formes de pouvoir. Précisons enfin que le cheminement intellectuel de Jana Černá est en partie un héritage maternel puisqu'elle est la fille de Milena Jesenská, rendue célèbre par sa relation amoureuse et surtout sa correspondance abondante avec Franz Kafka. D'où sans doute cette incroyable maîtrise d'une langue ouverte et merveilleusement vivante.
Cette langue, nous la retrouvons intacte avec la parution de cette lettre qui résonne comme la somme d'une existence vouée à l'Amour et à la Liberté.
D'une fascinante légèreté et avec une crudité maîtrisée mais jamais retenue, la prose de Jana Černá coule avec une élégance respectueuse et une force admirable. C'est un déluge de féminité au sens le plus moderne qui s'abat sur ces mots qu'elle adresse à l'homme qu'elle nomme « mon chéri ». On reste désarmé devant cette dualité faite d'une force de caractère hors normes et de ces attentions amoureuses presque échappées d'une lettre d'adolescente.
Ce détail de correspondance possède donc la force des grands textes car il mêle la pensée la plus vive, le langage le plus libre et les sentiments les plus simples pour rendre compte de ce qu'il est le plus difficile à décrire : l'Humain.

C'est donc avec l'impatience de retrouver l'écriture de Jana Černá que l'on attend la parution d'un autre texte de l'auteure tchèque intitulé Vie de Milena, de Prague à Vienne, toujours traduit par Barbora Faure et disponible dès le 9 octobre. En attendant, parcourez ces pages, rencontrez Jana et redécouvrez le sentiment d'une liberté brute qui peut jaillir des mots comme autant de vides dans nos certitudes.