Glasba

Un article de Sylvain Damy sur le site Glasba :

Il faut pitcher, alors pitchons, quitte à réduire « Des Lions comme des Danseuses » à un quiproquo, à une image tronquée, décapitée, forcément trop réduite :

Le roi de Bangoulap, province du Cameroun intente une procédure de gratuité auprès du Musée du Quai Branly et fait vaciller toutes les fondations sableuses de la vieille Europe dans une théorie des dominos administrative.

Récit d'anticipation, rêve, utopie, mise en garde, pamphlet, comédie, possibilité, absurdité, revanche, fable, conte, vérité, et mensonge. Le livre d'Arno Bertina est tout cela à la fois. En imaginant la lutte ubuesque que se livrent les administrations européennes et françaises avec la délégation africaine, il fait le constat d'une Europe fragile d'être condescendante, cynique, menteuse et hypocrite envers ses anciennes colonies, ces territoires d'Afrique qu'elle a toujours traité dans le mépris et le paternalisme, et qui là, se mettent à jouer avec les mêmes armes, les mêmes arguments, les mêmes illusions dont elle a toujours su se servir.

On assiste à une série d'instants drôles tant ils pourraient être vrais. Dans une langue pince-sans-rire, qui semble prendre un plaisir sadique à voir la vieille dame indigne être tancée par le vieux continent africain, devenu par le truchement de la propagande et des expropriations, l'adolescent qui se révolte.

Car c'est bien de se renversement que naît toute la tragi-comédie de cette histoire : de Terre matricielle de l'Humanité, l'Afrique s'est trouvée déconsidérée et reléguée au rang de l'enfant des pays occidentaux. A une erreur près : en fait de l'enfant que l'Europe pensait avoir face à elle, il s'agissait d'un adulte qu'elle paralysa, vola et brisa. Elle lui insuffla les pires de ses valeurs ( finit d'ailleurs par y croire elle-même), et se trouve désormais confrontées à ce réveil, à ce retour de manivelle qu'elle ne croyait pas possible.

Arno Bertina rend toute la dimension quasi kafkaïenne de cette lutte en évitant le manichéisme et l'angélisme et c'est là une part de la grande réussite de son texte. Il parvient à nous faire rire de cette sombre Europe, du cynisme, de cette Histoire qui semble n'avoir jamais avoir de revers. Il nous éveil à la logique implacable de l'argumentaire africain, qui nous place dans nos contradictions et nos discours vidés de leur sens auxquels nous nous sommes habitués. Et pour cela, pour mettre à jour toute l'hypocrisie de ces situations (notre Histoire, nos richesses, nos relations internationales....) sans jamais tomber dans la caricature malgré le petit nombre de pages (60!), il faudra être reconnaissant à l'auteur et louer un remarquable talent qui se fait rare dans ces moments de troubles identitaires et moraux, où toutes les certitudes, toutes les valeurs factices du « dieu Pognon » peuvent voler en éclat grâce à la force implacable du syllogisme.

Une magnifique démonstration de ce que la logique et l'humanisme peuvent avoir encore comme avenir grandiose pour peu que l'un d'entre nous y croit encore.

S.D