Kaële Magazine

Un article daté du 4 septembre, dans le magazine Kaële Annecy-Léman :

On ne peut s’empêcher de penser aux ravages de la finance sur les pays endettés, pour autant, le livre de l’auteur grec Christos Chryssopoulos n’est pas un brûlot contre la politique économique ni même la dénonciation des discours des élites visant à infantiliser le gouvernement d’un État souverain, à jeter l’opprobre sur un peuple tout entier, et à servir les intérêts des puissants au détriment de la démocratie, des libertés, de la santé, de l’éducation et de la paix sociale.

La lecture du livre de Christos Chryssopoulos, ni manifeste ni roman, détaille au gré d’une déambulation à la fois fantasmée et ancrée dans la réalité une société victime de sa propre colère. « Ce n’est peut-être pas un hasard si en grec les mots « colère » (thumos) et « victime » (thuma) sont si proches… » écrit-il. Les scènes confrontent un CRS et un manifestant, deux hommes et un immigré, un conseiller pédagogique et un enfant pyromane, deux passagers d’un transport en commun etc. Les individus s’opposent, cèdent à la violence car « il n’y a pas d’autre moyen pour échapper à la colère que la colère elle-même. » La société dépeinte par l’auteur grec est morcelée, pleine d’une rage susceptible d’éclater à chaque coin de rue, sur le point d’exploser à chaque seconde, audible jusque dans le silence. Le narrateur marche dans les rues, écoute les conservations, observe ses congénères piégés par leurs émotions et la frustration. La fiction analyse le fait social, décrit un monde sous surveillance, en proie au racisme, aux discriminations, arpenté par des êtres isolés. L’écrivain constate : « la colère dont on souffre le plus n’est pas celle que l’on subit, mais la sienne propre que l’on dirige contre les autres sans pouvoir la maîtriser ». Et le lecteur de regarder effrayer l’absence de solidarité et la présence permanente de l’incommunicabilité. Né en 1968, Christos Chryssopoulos, romancier et nouvelliste remarqué de la littérature néo-hellénique, a reçu le prix de littérature européenne en 2009. Avec ce texte court (90 pages) composé de plusieurs scènes, il semble vouloir exorciser la violence qui grandit, et pas seulement en Grèce : « Depuis peu, c’est incontestable. Nous sommes des habitants de la Terre de colère. » Exorciser, ou plutôt canaliser la colère et la rendre créatrice.
F.F.

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