La petite revue

24 heures dans l’Espagne post-franquiste

 

À la mort de Franco en 1975, l’Espagne entame un processus de démocratisation qui ne se déroule pas sans heurts, entre répression policière et terrorisme. Pablo Martín Sànchez choisit pour cadre de son roman le 18 mars de l’année 1977, particulièrement violente. La narration se déroule sur 24 heures, de minuit au soir suivant, découpées en six moments (la nuit, l’aube, le matin, le midi, l’après-midi et le soir), eux-mêmes relatés par six protagonistes : une petite fille, une étudiante en journalisme, un professeur de politique ancienne victime de la dictature chilienne, un chef d’entreprise, un tableau et un lévrier de course.

 

Terrorisme, bébés volés, harcèlement scolaire, violence et solitude, tels sont les thèmes de ce riche roman. À partir de situations personnelles, le récit parvient à recréer l’atmosphère d’une époque peu connue de l’histoire espagnole. La narration, éclatée en de multiples points de vue qui s’entrelacent, est parfaitement maîtrisée. Dans cet original roman choral, où les monologues d’un chien ou d’un tableau se mêlent tout naturellement à ceux des autres personnages, toutes les voix finissent par converger, sans aucun artifice. Réalité et fiction s’imbriquent harmonieusement. L’auteur parle de « pataphysique » pour décrire « cette façon de voir le monde, la vie, l’art depuis l’autre rive, en ne nous conformant pas à ce qu’on nous a raconté ». Pablo Martín Sànchez procède par petites touches, créant un roman tout en délicatesse, légèrement ironique et profondément humain. On découvre à la fois une page importante de l’histoire espagnole et un écrivain talentueux.

 

 

A.K.

 

Pablo Martín Sànchez, « L’instant décisif » (Tuyo es el mañana, 2016), traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu, Éditions La Contre Allée, 2017


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