La Voix du Nord

Depuis Fives, Anna Rizzello éclaire la France de son regard sur la mafia sicilienne

Pauline Drouet, 04/06/2012

Il y a sept ans, Anna Rizzello n'avait pas encore quitté l'Italie pour devenir lilloise. Depuis sa région natale des Pouilles, cette traductrice littéraire a parcouru du chemin jusqu'à coordonner pour la Contre Allée l'édition de deux ouvrages sur la Cosa Nostra. Posant un regard différent sur la mafia, la justice et l'histoire de l'Italie. Et sur la nôtre ?
Pour la Contre Allée, Anna Rizzello a coordonné l'édition de deux livres sur la Cosa Nostra, la mafia sicilienne.

« L'assassinat du juge Giovanni Falcone en mai 1992, c'est un peu le 11 Septembre italien. Tout le monde se rappelle ce qu'il faisait à l'annonce de cet attentat. » Anna Rizzello, à l'époque, n'a que 13 ans. À 30 ans passés, elle s'est repenchée sur un pan sombre de l'histoire de son pays. Pour les éditions fivoises de la Contre Allée, elle a coordonné la réédition de Cosa Nostra, un livre d'entretien avec le juge Falcone, et la première édition française du Retour du prince, un second ouvrage sur la mafia sicilienne, sur la base du témoignage du fils spirituel de Falcone, Roberto Scarpinato, magistrat lui aussi.

C'est en roulant les "r" qu'Anna déroule l'histoire de sa rencontre avec la mafia. En plus de ses activités de traductrice - elle a notamment transposé en italien Des vagues (Le Onde) de Louis-Ferdinand Céline - la jeune femme est également interprète. En 2008, dans le cadre de Citéphilo, elle est la voix française de Roberto Scarpinato, qui a creusé le sillon de la mafia à Palerme après le juge Falcone. Il vient présenter ce qui est encore à l'époque Il ritorno del principe : « La mafia, tout le monde la connaît. Mais je n'avais jamais lu un ouvrage aussi clair. » Elle découvre dans la foulée un premier livre d'entretien, avec le juge Falcone lui-même. La lecture en est « autant salutaire que désagréable », et surtout, elle permet à Anna d'entrer de plain-pied dans l'histoire de la mafia sicilienne au sujet de laquelle elle est désormais intarissable.

L'ombre de la moustache du juge assassiné plane toujours sur la justice italienne : « En 1986 a eu lieu le maxi-procès devant le tribunal de Palerme. Durant deux ans, 300 mafieux ont été jugés et condamnés pour leur appartenance à la Cosa Nostra. » Ce procès révolutionne l'Italie, qui n'a jamais connu de telle procédure. Et son code pénal : « Falcone y a fait introduire le crime d'association de mafiosi.

« Ce qui a forgé la légende Falcone, c'est sa connaissance de la Cosa Nostra : « Il a été le premier à compter sur l'appui des repentis, ces anciens mafiosi, et à avoir une connaissance de l'intérieur du milieu mafieux où se croisent chefs d'entreprise, docteurs et politiciens. » C'est dans ce contexte « qui n'a rien à voir avec le monde de Vito Corleone » que Roberto Scarpinato, « le dernier des Mohicans », travaille aujourd'hui. Car la mafia n'a pas fini d'entacher l'image de l'Italie. Tout en l'honorant : « L'Italie est le pays de la mafia et de l'anti-mafia, celui où on a trouvé les anticorps. L'Europe a récemment formé une commission pour lutter contre le crime organisé en reprenant des lois qui ont coûté des morts et du sang chez nous. » En Italie, le travail continue. Roberto Scarpinato, aujourd'hui procureur général de la cour de Caltanissette, a rouvert le dossier de l'assassinat du juge Falcone.

Mais ce n'est pas là le seul fait d'armes de celui qui a réussi à faire condamner Giulio Andreotti, plusieurs fois président du Conseil (le chef du gouvernement italien), pour ses liens avec la mafia. Certes, l'homme est aujourd'hui sénateur à vie, et il reste du chemin à parcourir de l'autre côté des Alpes. « Oui, mais à la différence de la France, chez nous la justice est indépendante, glisse Anna Rizzello, qui évoque Renaud Van Ruymbeke, autre juge moustachu actuellement aux prises avec le dossier Karachi. J'aimerais bien faire quelque chose sur la justice en France maintenant. »

Téléchargement