Le Monde Diplomatique - "Voies fluviales, voies d’avenir"

Par Jean-Claude Lasserre, janvier 1998

 

Pour tenter de guérir la ruineuse maladie du « tout-routier », deux remèdes ont déjà été évoqués le mois dernier dans ces colonnes : la réorientation vers le rail de l’acheminement des marchandises, et une politique déterminée en faveur des transports en commun. En substance, l’inverse de ce qui, jusqu’à ces derniers temps, a été fait en France notamment. En outre, l’utilisation accrue des voies fluviales et le cabotage maritime offrent des solutions complémentaires, économiquement et écologiquement optimales, pour parer à la thrombose qui menace l’Europe. 

 

Si l’on excepte ceux du pourtour méditerranéen, où les conditions hydrologiques excluent généralement la présence d’infrastructures fluviales, la plupart des pays européens, de la mer du Nord à la mer Noire, disposent d’un réseau de fleuves cohérent à grand gabarit, dont les axes majeurs sont le Rhin et le Danube. Au-delà, la Russie possède également un immense réseau, avec la Volga pour axe principal, tandis que les pays scandinaves ont aménagé de remarquables voies navigables entre la mer et plusieurs de leurs lacs intérieurs.

Ce réseau de navigation fluviale permettait, en 1992, d’assurer 12,7 % du trafic de marchandises en tonnes-kilomètre en Belgique, 19,9 % en Allemagne et 54,4 % aux Pays-Bas. A lui seul, le trafic rhénan annuel est de l’ordre de 300 millions de tonnes (Mt) chargées. Ces performances s’expliquent par une triple modernisation : celle des infrastructures, dont on achève la cohérence, géographique et en termes de gabarit, dans le sud de la Belgique, sur le Mittellandkanal allemand, et entre celui-ci et le réseau néerlandais ; celle de la batellerie, avec des convois poussés de 4 400 à 13 200 tonnes de capacité et des automoteurs de 1 350 à 3 000 tonnes ; et enfin par celle des structures, grâce à l’essor de grands armements fluviaux, à côté des petites flottes et des artisans. Cette modernisation se traduit, notamment sur le Rhin, par la conquête d’une part considérable du trafic de conteneurs en correspondance avec les navires transocéaniques à Rotterdam et Anvers : sept cent mille conteneurs par an. Dans ce dernier port, le trafic fluvial de conteneurs a augmenté de près de 20 % par an entre 1990 et 1995. Autant de signes de la capacité de ce mode à répondre de façon fiable - avec le transport ferroviaire - aux exigences croissantes des armateurs qui, en lançant des navires d’une capacité unitaire de 6 000 conteneurs, massifient sans cesse les flux sur les océans, et donc sur les continents. La multiplication, le long du Rhin, des ports de conteneurs - véritables plates-formes de collecte et (...)


Pour accéder à la suite de l'article, cliquez sur le lien > > >

http://www.monde-diplomatique.fr/1998/01/LASSERRE/9792