Le Nouvelliste

Caverne est le dernier recueil en date de Makenzy Orcel. Paru chez les éditions La contre Allée 2017, ce livre comprend deux parties. La première est appelée Caverne et la deuxième Cadavre. D’où le sous-titre « Caverne suivi de Cadavre ». Caverne suivi de Cadavre, tel le cri du poète, une manière de se défouler, de remonter à son enfance. L’enfance au stade le plus naïf, qui boit, qui avale tout, comme des égouts, puis se décharge à des endroits souvent méconnaissables et méconnus: le possible fait le trottoir avec une enfance sur les bras dieu poupée qu’elle coiffe en pleurant danse dans les miroirs de l’ermite contre les murs pour inviter le jour à poindre tes cheveux à ranimer le temps les saules pleureurs aussi sont des miroirs qui pleurent chaque reflet est un fleuve une fête oiseau de tout ce à quoi la lumière invite une page nue le temps, quelle prison! La poésie de la caverne et/ou du cadavre serait une quête de soi. Elle est ce vent venu de nulle part, qui nous parle sans arrêt des eaux pestilentielles qui fatiguent la plume de l’auteur. Son clavier. Ses jours. Ses instants, avec des excréments qui bouffent les tripes. Les entrailles. Question de se réinventer: Moi réinventé dans ses instants de chien Lueur infirme de la lampe infinie Branler les ténèbres Qu’elles jouissent et te laissent le souvenir D’un immense feu d’artifice Te jeter dans la forêt du poème Ses méandres ses particules Sa totalité la plus absolue Histoire de prendre racine Les fauves te flairer Aller au bout de ton sang Eprouver les mêmes vides Que le navire quittant le port Sacré précipice Tu es interminable L’auteur, toujours, continue son périple, celui de retrouver une enfance. Des enfances. Egarées dans les larmes, l’illusion et la nostalgie. Il l’a dit lui-même d’ailleurs dans sa prise de parole : . Il est surtout enfances Creusant les murs Carcasse de voyages En quête d’un récif un récit Dans les vagues qui les vomissent nues Qu’elles ont bues Des collines d’obus Mégots de la guerre (p.37) Il assiste encore à ces violences récurrentes, miroitées de flingués, de lynchés, de cadavres. Des cadavres éparpillés çà et là… Il a encore la douleur dans l’âme. Il a encore peur de son enfance: Regardez par vous-mêmes Par l’œil des ouragans Nos enfances dévastées Dans la manufacture des vents Leur morne texture Que du chaos à offrir Des fleurs animales Des chiens s’en allant dans la nuit Des rêves qui ne servent à rien des jours qui nous glissent les mains ruisselant dans le noir des impasses de l’oubli inondées par les larmes des soleils en cavale vers l’aube inconnue tel le temps revenu de sa lointaine inertie L’auteur, comme toujours, nous emmène dans son monde. Son monde à lui seul. Avec cette même manière de tripoter la langue. Casser les mots. Déranger l’ordre des choses. Mais pour nous parler de son enfance. Sans en parler. Puisqu’il la cherche encore ! Ce texte de 40 pages vient à point nommé comme pour nous informer d’avantage sur l’auteur. Procurez-vous en le premier à la 23e édition de Livres en folie les 15 et 16 juin 2017. Elien PIERRE 

Pour aller plus loin