Mobilis

Un article de Gérard Lambert-Ullmann publié dans le magazine Mobilis le 17 octobre :

Sophie G. Lucas a suivi des procès pour “essayer d’approcher ce qui se cache derrière les violences, les faits divers”. Pour Gérard Lambert-Ullmann, qui lit Témoin pour Mobilis, ce livre «  tape sec avec l’uppercut des mots”.

Ils ont tous des “problèmes avec l’alcool”, fument des joints, sont au chômage, au RSA, surendettés, “sur les nerfs”, se tapent dessus pour des broutilles, et disent tous vouloir “arrêter leurs conneries” sans cesser d’y replonger. Le défilé des paumés qui se retrouvent au tribunal chaque jour est impressionnant de balbutiements, de maladresse chronique, de lourde stupidité, de misère, de désarroi. Tous sont coincés, broyés par les mêmes engrenages absurdes de la délinquance : petite “connerie”, condamnation, récidive, nouveau “dérapage”, condamnation plus forte, etc. Il y a presque toujours le mec qui picole et tape, sur la femme, la copine, les copains, le voisin, (“J’ai pété les plombs”), et parfois la femme qui l’imite. Il y a ceux qui conduisent sans permis et bien imbibés. Il y a les petits voleurs souvent stupéfiants de balourdise. Il y a ceux que leur zizi travaille. Et aussi les pauvres gars coincés pour défaut de “papiers” et sur lesquels tombe un couperet aussi tranchant qu’inefficace. À l’exception de fils à papa auxquels on pardonnera d’avoir “jeté leur gourme” un peu trop fort, et de Zadistes à l’engagement militant affirmé, tous sont des “bras cassés” que les sanctions ne raccommoderont pas. L’auteure les voit comme des “enfants perdus” d’une société déboussolée et qui ressemblent beaucoup à son père dont la vie chaotique lui a fait “longue peine”. 

Pendant quelques mois, la nantaise Sophie G. Lucas a suivi des procès pour “essayer d’approcher ce qui se cache derrière les violences, les faits divers”. Elle ne l’a pas fait en sociologue, quoique son travail soit édifiant. C’est en écrivain qu’elle “capte les paroles, travaille les voix” dans toute leur abrupte vérité: “J’ai eu des nouvelles de ton père. Il est mort”. Et le résultat percutant, ce petit livre, donne plus à penser que bien des gros pavés analytiques. Il tape sec avec l’uppercut des mots. 

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