Ouest France

Un article de Jean Dalavaud à Ouest France, daté du 05 septembre :

Bénis à Saint-Nazaire, honnis à Venise

Adulés dans leur berceau, ils meurtrissent sa lagune. Regards croisés de l'écrivain italien Roberto Ferrucci sur les paquebots.

Roberto Ferruci est un auteur italien devenu familier de Saint-Nazaire. Il avait été reçu en résidence, à la Maison des écrivains et traducteurs étrangers qui surplombe le port, et il y revient régulièrement. Ce qui lui a valu de découvrir la face méconnue d'une réalité qui empoisonne sa vie de Vénitien : ces paquebots de croisière, qu'il a pu contempler pour la première fois à l'état embryonnaire.

Roberto Ferrucci n'a pas de mots assez durs pour les « saboteurs de paysage » qui, une fois lancés, défigurent et surtout meurtrissent sa lagune à coups d'« effet piston et remous », un crève-coeur pour nombre de ses concitoyens. Rien, dans ces « écomonstres », ne trouve grâce à ses yeux et surtout pas le type de tourisme dont ils relèvent, ni a fortiori l'intérieur de l'un de ces navires, qu'il a pu visiter à la faveur d'un séjour nazairien : c'est « le triomphe du kitsch. »

Tout juste manifeste-t-il un peu d'indulgence pour la ferveur dont ces bateaux font l'objet dans leur berceau. Roberto Ferrucci les avait à peine remarqués au début mais il a communié à la fierté ressentie par les habitants pour leur « patrimoine sentimental » et économique : « C'est depuis que j'ai compris, senti et partagé tout cela que je regarde ces paquebots avec moins de rancoeur [...]. »

Mais la tonalité dominante de ce petit livre, bâti sur les visions alternativement vénitienne et nazairienne de la croisière, reste pessimiste. Ces géants taillés pour la mer n'ont, pour Ferrucci, décidément rien à faire dans une lagune, présentement sacrifiée sur l'autel de la raison économique immédiate. Un bémol salutaire, dans le concert de louanges quasi univoques et consensuelles qui célèbre l'âge d'or de la croisière, fût-il pourvoyeur d'emplois.

 

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