Syllabus

Billet sur le blog helvète de passionés de livres, daté du 28 septembre :

ALORS QUE « THE PROGRAM » CONSACRÉ À LANCE LE BRAS FORT SQUATTE LES ÉCRANS DE CINÉ, PROFITONS D’UN OPUSCULE CONSACRÉ À PANTANI, L’UN DE SES MEILLEURS ENNEMIS.

A part dans le milieu du vélo, je ne suis pas sûr de connaître un sport où les destins sont autant cassés, concassés, fracassés sur l’autel d’une gloire éphémère que ceux des professionnels du peloton vélocipédique. C’est qu’au royaume de la petite reine, les roitelets d’un jour apparaissent souvent comme autant de bouffons jetés en pâture aux gémonies des bords de route. Un cycliste, semble-t-il, doit avoir une vie qui épouse celle du bitume qu’il avale, faite de hauts et de bas, de grimpées et de vertigineuses descentes, à ceci près que lorsqu’il y a dérapage, les dégâts ne sont généralement pas jolis jolis à voir.

Ainsi de Pantani Marco, physique de poche aux oreilles éléphantesques, gamin pauvre de Cesenatico, Emilie-Romagne. Le prototype du grimpeur de génie pour qui chaque col équivalait à une forme d’ascension sociale gagnée à la force des mollets.

La voix de Rimini Cricket

Pantani a attendu ses 34 ans pour crever dans un hôtel de Rimini. Suicide. Ou pas. Jacques Josse en retrace le parcours cahotique tout au long de cent bornes textométriques, portrait par fulgurances d’un forçat de la route qui, pour un jour s’être rasé le crâne, s’était soudain mué en flibustier du goudron, attaquant à tout-va, le guidon entre les dents, le panache au vent, faisant sienne la devise du blaireau Hinault : « Tant que je respire, j’attaque ». Pantani tombe souvent, se relève d’autant. Pantani est attaqué de toutes parts, mais c’est lui qui, généralement, porte l’estocade finale. Héritier des Fausto « le Héron » Coppi, Claudio « Il Diablo » Chiapucchi et Charlie « l’Ange de la Montagne » Gaul, figure tutélaire de Renzo « le Cobra » Ricco ou de Vincenzo « le Requin » Nibali, Pantani s’est confondu avec le mythe, se brûlant les ailes pour s’être trop approché des cimes enneigées. Avec sa disparition, c’est un peu de folie qui a été balayée par le vent. Avec ce Marto Pantani a débranché la prise, c’est un peu de cette aura irradiante qui nous est rendue par accélérations ghislain-lambertiennes. (mp)

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