Terre à ciel

Une chronique de Cécile Guivarch sur le site de poésie contemporaine Terre à ciel, datée du mois d'octobre :

Dans Témoin, Sophie G. Lucas prête sa voix à ceux qu’elle a écouté pendant plusieurs mois au Tribunal de Grande Instance de Nantes. De faits divers en faits divers, Sophie G. Lucas assiste aux audiences et note faits et paroles. En témoin, et non en juge, elle retranscrit les violences, les faiblesses et les blessures des prévenus et/ou des victimes. Elle reporte sur le papier un concentré de paroles frappantes, celles qui l’ont certainement atteintes au plus près. Les mots sont forts, les faits souvent liés à l’alcool, à la souffrance, au mal-être, au manque d’amour. Sophie G. Lucas assiste mais ne prend jamais parti, elle se contente de retranscrire l’ambiance juridique au plus juste. Ainsi un homme boit mais n’est pas alcoolique, un autre bat sa femme tout en ne le voulant pas, un autre voudrait qu’on l’aime, une femme après avoir reçu des coups demande simplement que sa télévision soit remboursée. Il y a les petites gens, sans études, sans éducation, ceux qui n’en sont pas à leur première condamnation, ceux qui ont des soucis avec l’alcool ou la drogue, ceux qui ne savent pas communiquer, ceux qui voudraient être des gens bien, qui regrettent et voudraient tout effacer. Sophie G. Lucas est témoin de leur fragilité, d’un pan de la société où il existe des fissures. Le ton utilisé est donc celui de la parole et le livre s’articule autour d’un certain nombre de séquences. Au départ, si Sophie G. Lucas a pour but de continuer le travail documentaire qu’elle avait déjà entamé dans Moujik, moujik ou Notown, au fil du livre s’intercalent des textes plus personnels, portant pour titre « Une longue peine. » On pense à Nègre blanche, paru à L’idée bleue. Assister à ces audiences fait remonter à la mémoire la personnalité d’un père peu connu, que l’auteur cherche à comprendre dans chacune de ces personnes jugées.

Mon père est mort mais ne le sait pas. Il est assis sur un banc de la Chambre d’audience numéro trois, cheveux en bataille, chemise froissée, il semble ne pas me voir, il est juste là. Il n’est pas dans le box des accusés. Il n’est pas à la barre. Il est à côté de moi. Mon père mort. Je n’ai jamais tué mon père.

Lire la chronique sur le site de Terre à Ciel ici

Pour aller plus loin