Comme on en parle dans Eulalie

Pamela Sauvage est morte. Son nom est imprimé dans la rubrique nécrologique du journal. Du journal? la note 2, en bas de page, nous rappelle à quoi servait autrefois cette chose en "papier poreux". Tandis que la note 4 s'empresse de préciser le concept même de papier journal. Une forme d'humour? La note 120 rappelle que c'est un "concept obscur". L'œuvre d'une intellectuelle? Les intellectuels ont "un rôle nébuleux", répond la note 21. Vous n'y comprenez rien? La tête vous tourne? C'est fait exprès.

Fidèle aux Éditions de l'Olivier, Fanny Chiarello a choisi la bien nommée Contre Allée pour explorer un nouveau champ littéraire. la Lilloise, récemment récompensée pour son roman Dans son propre rôle (prix Landerneau, prix des lecteurs de la Ville de Deauville et prix Orange 2015) livre un ouvrage étonnant qui brouille les pistes et se lit comme les miscellannées d'un philologue étudiant avec la précision d'un entomologiste la vie des humains au XXIème siècle. On devine à travers les lignes que le présent se situe dans un monde futur (vous suivez toujours?). Et que cette dystopie raille un monde révolu où l'on se faisait les demi-jambes en visionnant des cassettes VHS.

À travers ce jeu de piste un brin compexe, il faut bien l'avouer, se dessinent vingt-trois personnages dont l'existence tout à fait ordinaire permet de se raccrocher à un semblant de récit, concept lui-même obsolète, semble vouloir nous signifier l'auteur.

Si un David Foenkinos a fait de la note de bas de page son (agaçante) marque de fabrique, c'est un tout autre  tour de force de construire tout un récit sur une mise en abyme de 400 notes. Fanny Chiarello y parvient avec jubilation. Et enterre (pour de faux) la littérature dans le tombeau de Pamela Sauvage.

Marie-Laure Fréchet

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