L'apostrophée

Un premier roman fort au style incisif portant une histoire dérangeante. Intéressant mais auquel je n’ai pas adhéré.

Elle trotte, comme un poulain. Un seul but, le Nord, aller le plus loin possible. La narratrice du livre fuit clairement son « homme chien », celui dont elle a partagé la vie et qui la quitte, après une relation semble-t-il agitée. En perte totale de repères, elle n’a qu’une idée en tête : rejoindre le Nord. S’éloignant de Paris et son boulevard périphérique, la voilà en route pour un long périple, nous embarquant avec elle de Lille à la Norvège, en passant par les Pays-Bas et l’Allemagne. Un chemin parsemé de rencontres, une boulimie des autres qui jusqu’alors, ne l’intéressaient pas, et une quête de limites avec lesquelles elle flirte sans cesse, à la recherche d’un équilibre.

« Je cherche la limite, toutes les limites. Celles qui partagent, celles qui disent de quel côté je suis l’étrangère, où je mets les pieds, où je dépasse ».

Si son expérience touche les frontières géographiques, elle ne s’achève pas là : elle teste aussi la résistance de son corps et bien sûr les limites amoureuses. Jusqu’au jour où un nouveau sentiment va s’emparer d’elle, brutalement, le sentiment maternel. C’est à Amsterdam qu’elle croise ainsi la route d’un petit garçon polonais de 9 ans, orphelin, Isaac. Les deux s’adoptent mutuellement et continuent la route ensemble.

 

Nathalie Yot livre dans ce premier roman une réflexion intéressante sur l’amour, comment il débute et comment il finit :

« L’amour se coupe à la machette, d’un coup sec, alors les bords sont lisses ».

Mais que faire lorsque l’amour pour un enfant devient tellement fort qu’il vous submerge ?

« L’amour, quand il prend toute la place, c’est l’ennemi. On ne pense plus à être honnête. Ni avec soi-même, ni avec personne ».

Si la narratrice est parvenue à se rendre au Nord, l’équilibre tant recherché n’a pas été atteint et on assiste tout au long de la lecture à sa dégradation tant physique que psychologique, jusqu’à la transgression.

Le « Nord du Monde » est un roman troublant à l’écriture poétique, rythmée et même charnelle. Mais il ne m’a pourtant pas emportée. Ce n’est pas tant son côté dérangeant qui m’a déplu, mais davantage sa noirceur, sans issue, où la folie n’est jamais bien loin.

 

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