L'Humanité

Chronique d'Alain Nicolas pour le média L'Humanité, publiée le 15 novembre 2018

 

YOKO TAWADA, À L'ÉCOUTE DE L'EUROPE

« Euphrasia » est le nom d’une plante dont est fait un collyre. Celle qui l’emploie y entend surtout la collision entre « Europa » et « Asia ». Soigner son regard en alliant, à l’oreille, les deux continents, n’est-ce pas ce que tente Yoko Tawada dans le Sommeil d’Europe ? La narratrice a commencé son « voyage intérieur vers l’Europe » au moment où les sons de la langue allemande, qu’elle étudiait, ont remplacé ceux de l’anglais « langue d’Amérique », au moment où elle découvre que le z de « Mozart » se prononce non comme « zéro » mais comme « pizza ». Musicienne et compositrice, la jeune narratrice de ce bref texte de l’autrice de l’Œil nu et d’Opium pour Ovide s’établit à Vienne, la première ville d’Europe dont, enfant, elle avait retenu le nom, puis à Berlin. Mais elle voyage aussi entre image et son, entre musique et peinture, et l’art se joue entre geste et language. C’est pourquoi le livre de Yoko Tawada, itinéraire sensible entre les perceptions et les cultures, donne de notre continent une sorte de clé de lecture, ou d’écoute. A. N.

 

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