Libération

Madrid, années 30. Matilde, jeune femme banalement pauvre, trouve une place de vendeuse dans un salon de thé. Une rude routine s’installe. Chaque jour, «dix heures, fatigue, trois pesetas», sous les yeux «balayant tout» de la responsable et la pression du propriétaire, «l’ogre». Soixante-cinq heures par semaine, avec ses collègues, prêtes à trimer comme elle pour des clopinettes, sans sourciller ou presque. Car «l’ouvrière espagnole continue à cultiver la religion et à rêver de ce qu’elle appelle sa " carrière " : un hypothétique mari». Mais Matilde est «l’une de ces rares et précieuses insoumises, capables de renier cet héritage commun». En elle sommeille «la femme nouvelle». Achevé en 1933, Tea Rooms est un roman initiatique prolo-féministe drôlement avant-gardiste : il y est déjà question de charge mentale, de harcèlement, d’avortement, de grève… Bref, de résistance à «la soumission au mari ou au maître spoliateur». Luisa Carnés, longtemps censurée par le régime de Franco, mérite d’être relue. «Nous savons maintenant que les pleurs et les prières ne mènent à rien. Les larmes provoquent des migraines et la religion nous abrutit.» A.I.-A.

 

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