Radio Boomerang

Version écrite de la chronique diffusée sur RadioBoomerang le 15 décembre 2018, écrite par Floriane Janicot (IUT Métiers du Livre de Tourcoing, Université de Lille)

 

Vous trouvez que les voyages sont source de questions? Eh bien figurez-vous que le livre que je vais vous présenter le confirmera.

Le Sommeil d'Europe, c'est un récit écrit par Yoko Tawada et traduit par Bernard Banoun. Il a été publié en octobre aux éditions La Contre Allée dans la collection Fictions d'Europe dont les récits prennent place sur ce territoire et s'intéressent à ses mutations.

Yoko Tawada publie en allemand et en japonais. Elle a étudié la littérature à Tokyo, Hambourg et Zurich: elle est donc plutôt familière des voyages et des variations de langue.

Son traducteur, Bernard Banoun, est quant à lui un spécialiste de la littérature allemande, de la musique et de la traductologie: des thème que l'on retrouve dans ce roman. 

D'ailleurs, venons en à ce roman, roman qui est d'abord l'histoire d'un parcours.

Une femme asiatique arrive en Europe pour construire une carrière dans la composition musicale, un langage particulier. Elle va faire face à l'étrangeté, à l'inconnu, ca qui la conduire à une fascination. Une fascination pour ce qui l'entoure. Une fascination pour les langues qu'elle entend, l'architecture, la ville mais également pour ses propres sensations.

Ce récit est un voyage spatial mais aussi un votage temporel à travers la vie de notre protagoniste. On évoque son arrivée à Vienne et sa découverte de la ville, une ville qui la fascine par son architecture, son histoire, sa peinture mais également sa littérature. On y retrouve des références à des hommes marquants de la modernité viennoise: Hofmannsthal, Freud ou bien Zweig. Une fascination qui la mènera au besoin de découvrir de nouveaux lieux comme Berlin, où elle fera des rencontres qui l'amèneront à s'interroger sur plusieurs sujets: sa langue, les langues, les multiplicité des langues et des sons pour une même lettre.

On y lit par exemple, à propos des langues: "Mon voyage intérieur vers l'Europe commença au moment où, m'étant inscrite à ce cours d'allemand à Tokyo, j'ouvris le manuel. Prononcer l'alphabet autrement que pendant les cours d'anglais eu un effet libérateur".

On y lit aussi, à propos de l'Europe: "Une nuit européenne est une robe de velour noir. On n'illumine que certains bâtiments choisis pour raconter une version de l'histoire européenne", un passage qui met en avant deux visions de l'Europe. L'Europe comme un territoire qui attire à l'échelle mondiale, mais aussi une Europe protectionniste.

L'actualité des questionnements dans ce livres tels que l'appartenance à un territoire, la quête de l'identité et l'Europe en font un livre important et nécessaire au paysage éditorial.