Terre des livres – Lyon

"Mais il y a aussi des femmes qui prennent leur indépendance, qui vivent de leurs efforts, sans avoir besoin de « supporter des types ». Mais ça, c’est dans d’autres pays, où la culture a fait un pas de géant ; où la femme a cessé d’être un objet de plaisir et d’exploitation ; où les universités ouvrent leurs portes aux ouvrières et aux paysannes les plus modestes. Ici, les seules femmes qui pourraient s’émanciper grâce à la culture ce sont les filles des grands propriétaires, des banquiers, des commerçants prospères ; et ce sont précisément les seules femmes qui se moquent complètement de leur émancipation, parce qu’elles n’ont jamais porté de souliers usés, n’ont jamais connu la faim, qui engendre des rebelles."

Ecrit en 1933, le récit de Luisa Carnes, née dans une famille d'ouvriers, raconte l'oppression puis l'éveil d'une conscience politique, de vendeuses d'un salon de thé-patisserie madrilène dans l'entre-deux-guerres, qui cherchent à joindre les deux bouts. Et à ne plus constituer un simple appendice du corps patronal. Comment se positionner en tant que femme dans cette lutte des classes qui gronde dans les rues ?

Dans ce huis-clos organique et impressionniste, l'autrice décortique avec subtilité les mécanismes de domination et fait montre d'une surprendante modernité. Tea rooms est un splendide roman prolétaire et féministe qui charme par le tourbillon de vie qui crépite de cet espace en apparence feutré.